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Mais qu’ont donc fait les cyclistes bordelais pour mériter une telle campagne de répression ? Endurée ces derniers jours par les cyclistes, cette répression dépasse la mesure et s’inscrit dans un contexte plus général d’atteintes comminatoires aux libertés publiques. La société française aurait-elle du mal à assumer les cyclistes en ville ? Au Danemark, 40% des Copenhagois vont au travail à bicyclette... Un de mes amis pédale tous les jours pour se rendre à son travail à Copenhague, et ce même l’hiver, mais il ne le fait pas à Bordeaux, même au printemps... culturel ?

Pour un meilleur partage de la rue et dans le cadre de la lutte contre les bouleversements climatiques, l’usage du vélo en ville doit être encouragé et non dramatisé ; la verbalisation outrancière et la stigmatisation des cyclistes sont contre-productives.

La bicyclette suppose certes des efforts physiques et une soumission aux contraintes météorologiques, autant d’éléments qui peuvent être atténués grâce à des équipements adaptés (vélo à assistance électrique, cape de pluie...). Mais, tandis que la voiture en ville génère bouchons, frustrations et tensions, la pratique du vélo implique de nombreux effets bénéfiques :
-  sur le porte-monnaie des usagers : un vélo équipé coûte 500€ par an contre plus de 6 000€ pour une petite voiture.
-  sur l’environnement : l’utilisation du vélo pour les trajets de moins de 1km émet environ une tonne de CO2 en moins par an.
-  sur la santé et sur les comptes de la sécurité sociale : augmenter de 10% la part de la population se déplaçant régulièrement à vélo permettrait de diminuer de 5% les dépenses de santé (soit 9 milliards d’euros économisés par an) en luttant contre l’obésité, les risques cardio-vasculaires, le diabète ou l’ostéoporose.
-  sur les accidents mortels : 3 à 4% des tués sont des cyclistes alors que 15 % des citadins utilisent occasionnellement le vélo pour se déplacer.
-  sur le partage de l’espace public et la conception de la ville : le cycliste est inséré dans la ville lors de ses trajets, contrairement à l’automobiliste isolé dans sa bulle de plastique et de métal. Ainsi, aux feux rouges les discussions entre cyclistes sont fréquentes.

Des solutions existent pour augmenter et faciliter la pratique du vélo en ville. Les infrastructures, telles les pistes et bandes cyclables, et la résorption des discontinuités des cheminements cyclables sont nécessaires mais non suffisantes. C’est un ensemble de services qu’il faut proposer aux cyclistes : des stationnements adaptés (arceaux pour les courts arrêts et stationnements sécurisés pour les arrêts plus longs), situés par exemple dans les zones d’emploi ou à fort enjeux intermodal, un service d’entretien et de réparation... Enfin, les dispositifs de locations de courtes, moyennes et longues durées permettent de dynamiser la pratique de la bicyclette en ville.

Mais au-delà des services que les collectivités peuvent proposer, c’est un travail collectif qu’elles doivent initier pour faire évoluer les mentalités et mieux prendre en compte les différents enjeux liés aux déplacements urbains, au partage de la rue et aux nouvelles pratiques urbaines. A nous d’apaiser la circulation et de limiter la prédominance de la voiture individuelle en ville. A nous de faire évoluer les usages en généralisant les doubles sens cyclables, en expérimentant les tournes à droite, en développant les zones 30 et les zones de rencontre... A nous de faire en sorte que la rue appartienne à tous.

Durant cette année, j’ai effectué plus de 2500km à vélo dans la CUB. Je fus rappelé à l’ordre une fois, il y a maintenant quelques mois, de manière fort correcte, à raison et avec pédagogie. Il serait souhaitable que cet état d’esprit perdure.

Tag(s) : #Editos - Interventions

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