Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

ville-rail-transports-521-autopartage-la-nouvelle-donne-898.jpg

Ville Rail & Transports - 12/02/2013  

FORUM

La voiture partagée, une solution pour sortir l’industrie automobile de la crise

Par Clément Rossignol,

président de la commission « villes et territoires autopartagés » du Gart, vice-président de la Communauté urbaine de Bordeaux, élu à Bègles.

Chère, polluante, en trop grande quantité, responsable de l’étalement urbain... « le modèle économique, sociétal et environnemental de l’automobile est arrivé à sa fin ». Alors qu’au contraire « les avantages de l’autopartage sont maintenant bien connus : diminution du taux de motorisation et du budget déplacements des ménages, économie d’émission de GES et particules fines, et enfin création d’emplois non délocalisables ».

« L’avenir de la voiture passe par une réflexion en termes d’usages et moins par un rapport fétichiste de pure propriété. »

 

En trente ans, le parc de véhicules en circulation est passé de 19 millions en 1982 à 33 millions en 2010, ce qui correspond à un équipement de 1,25 véhicule par ménage. Ces chiffres sont cependant trompeurs, dans la mesure où l’on assiste à une réduction de 11% de la production automobile entre 2007 et 2011, passant de 23 à 20,5 millions de véhicules. Les immatriculations de voitures neuves s’effondrent, connaissant une baisse de 13,2 % en 2012, faisant de l’année dernière la pire année pour le secteur depuis 1997. Le marché français est saturé, et courir les primes à la casse pour remplacer de plus en plus vite et inlassablement le parc automobile n’a pas de sens économique et écologique.

Le modèle économique, sociétal et environnemental de l’automobile est arrivé à sa fin. Ces dernières années, d’importants changements de comportement de nos concitoyens en matière de mobilité ont vu le jour. Si le renchérissement du prix des énergies fossiles a joué un rôle déterminant dans ce changement, il ne faudrait cependant pas minorer la prise de conscience collective quant à la nécessité de faire évoluer les recettes productivistes des années 1970 en faveur d’un autre modèle de développement, plus respectueux des êtres et de l’environnement. Cette évolution exprime l’essoufflement, d’une part, du mythe de la voiture comme « objet superlatif » et « symbole de la promotion petite bourgeoise », pour reprendre les mots de Roland Barthes, et, d’autre part, celui d’une vision de la voiture comme outil d’émancipation et de liberté. S’il n’est évidemment pas question de remettre en cause l’utilité sociale de la voiture, admettons cependant que son avenir passe par une réflexion en termes d’usages et moins par un rapport fétichiste de pure propriété.

La voiture ne se résume pas à la question économique. C’est aussi une problématique d’aménagement du territoire, d’environnement et de santé publique. Les centres urbains sont saturés par les automobiles, engendrant une pollution aux particules fines liées au parc diesel, malheureuse spécificité française, mais aussi d’importantes émissions de gaz à effet de serre. Les 33 millions de véhicules immatriculés en France représentent une surface de 310 millions de mètres carrés, soit trois fois la surface de Paris, pour un usage moyens de 1heure/jour, soit 5% du temps ! Enfin, l’usage de la voiture comme moyen principal de déplacement est un puissant vecteur de l’étalement urbain et de l’“artificialisation” des sols inhérents.

C’est dans cette perspective que la promotion et le développement de l’autopartage prennent sens. Ce concept se différencie de la location traditionnelle par un abonnement donnant droit à un accès en libre service 24h/24, 7 jours/7 d’une flotte de véhicules. Les avantages de l’autopartage sont maintenant bien connus : diminution du taux de motorisation et du budget déplacements des ménages, économie d’émission de GES et particules fines, et enfin création d’emplois non délocalisables.

En France, l’autopartage s’envole avec la coopérative d’entreprises France Autopartage, premier réseau national, puisqu’il couvre une cinquantaine de villes, gère 600 voitures pour 12 500 usagers. D’autres offres émergentes, principalement privées, existent sur le marché français, liées à des opérateurs de transport public, de loueurs professionnels, de solution d’autopartage entre particuliers ou de véhicules électriques. Rappelons que c’est la Suisse avec Mobility Car Sharing, société coopérative, qui est leader européen avec ses 1 340 stations, 2 600 véhicules et plus de 100 000 adhérents. Ce service séduit jusqu’à 1,2 % de la population en Suisse et 5,6 % de Zurich...

Les premières expériences françaises d’autopartage remontent seulement au début des années 90. Porté par des acteurs de l’économie sociale et solidaire, l’autopartage est cependant restée une activité assez confidentielle, faute de connaissance du public et d’un cadre juridique adapté. C’était là le sens de la proposition de loi du sénateur Roland Ries de 2006, qui prévoyait notamment d’octroyer des places de stationnement dédiées sur la voirie ou encore de prendre en compte l’autopartage dans les plans de déplacements urbains. Le Grenelle de l’environnement a repris les principales dispositions de cette proposition de loi. Le décret autopartage paru en octobre 2012 a permis de donner une plus grande visibilité à cette activité, grâce en particulier à la création d’un label national autopartage.

Certaines agglomérations projettent une répartition ambitieuse des parts modales à l’horizon 2025 : 25 % pour la marche, 15 % pour le vélo, 25 % pour les transports publics, 35 % pour la voiture individuelle. Or, pour atteindre ces objectifs, la puissance publique doit mettre à disposition des citoyens une véritable boîte à outils de la mobilité. La voiture partagée est une des clés de réussite de ce formidable défi. Dans ce cadre, le développement de l’autopartage ne trouvera pas sa source dans une mosaïque de mesures, mais dans son intégration pleine et entière à la chaîne de déplacements alternatifs à la voiture solo (tram et bus, voiture et vélo partagés...), à l’aide de titres de transport universels. La maîtrise du stationnement étant un levier fondamental de toute politique de développement d’alternatives à l’utilisation individuelle de la voiture, il sera également nécessaire, entre autres, d’instaurer une incitation à réaliser des places d’autopartage dans tous les parkings et de revoir par ailleurs les politiques tarifaires des parkings-relais pour intégrer le stationnement autopartage. Enfin, il faut offrir des facilités de circulation aux véhicules partagés, autopartage et covoiturage, en leur permettant de circuler sur des voies réservées.

Avec l’acte III de la décentralisation, le gouvernement dispose d’une formidable opportunité pour insuffler un nouvel élan à cette activité, en dotant les collectivités des outils juridiques et financiers nécessaires au déploiement de l’autopartage. Qui ne doit pas être envisagé comme une menace pour les constructeurs, mais bien comme une aubaine pour les années à venir. En effet, l’économie de fonctionnalité ou d’usage, consistant à vendre l’utilisation d’un bien plutôt que le bien lui-même, a été encouragée dans les conclusions du Grenelle de l’environnement. Dans cette économie d’avenir, l’entreprise n’est donc plus polarisée exclusivement sur le produire plus pour vendre plus et a donc intérêt à proposer un produit qui dure et de qualité, en un mot écologique. L’autopartage permet cette transition pour l’industrie automobile : ne ratons pas le coche !

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :