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promethee.jpgPar Catherine Hervieu et Clément Rossignol

 

D’après la mythologie, Prométhée crée l’humanité à partir d’une motte d’argile. Il fit en sorte que l’homme puisse tenir debout sur ses deux jambes et lui donna un corps proche de celui des dieux de l’Olympe. En dérobant le feu aux dieux pour le donner aux Hommes, il leur enseigne la métallurgie et de nombreux arts. Père putatif des Hommes, Prométhée devient l’objet de la colère de Zeus. Celui-ci le fait enchaîner nu sur un rocher des montagnes du Caucase. Un aigle vient chaque jour lui dévorer le foie qui repousse chaque nuit, rendant sa souffrance infinie.

Si Prométhée symbolise la révolte du penseur créatif face à une destinée qui veut l’écraser, certains humains bien des millénaires après, notamment pour ceux qui portent l’Ecologie Politique reprennent à leur compte cette révolte.

 

Epoque moderne

«On se complaît à ne surtout pas envisager les dégâts du progrès». Paul Virilio

Depuis toujours, les humains font avec et contre la Nature pour s’assurer du mieux-être. Les techniques développées depuis l’ère industrielle, à partir du XVIIIème siècle, et appliquées à l’échelle mondiale depuis le XXème siècle permettent de dominer la Nature, l’environnement. Cette fuite en avant pose la question de la maîtrise de la maîtrise de la Nature: nanotechnologies, biotechnologies, nucléaire, OGM… autant d’applications pouvant bouleverser radicalement les fondements et les équilibres de la planète. Serons nous capables de contrôler notre «maîtrise» technologique de la Nature ?  L’accélération de la production technologique laisse l’homme sans temps pour en penser la pertinence et ses conséquences. Les totalitarismes du XXème siècle qui en sont issus – avec Auschwitz fabrique industrielle de cadavres et Hiroshima victime de l’arme atomique – ont été les révélateurs de ce processus barbare qui nous met au défi de mettre en place de nouvelles résistances.

 

Fukushima ou comment le temps subit des accélérations

«Le temps du monde fini commence». Paul Valéry. 1945

La catastrophe de Fukushima signifie le retour du refoulé. Le Japon, le pays le plus technologique du monde est incapable de contrôler les conséquences de l’accident nucléaire imprévu mais probable. Dans le domaine du risque technologique, le pire doit être pensable comme le sont les conjonctions d’évènements imprévisibles. Rappelons nous que l’invention de l’automobile contient le carambolage, l’invention des OGM contient la pollution génétique et les atteintes à la biodiversité, l’invention du nucléaire civil contient la catastrophe nucléaire.

Le pouvoir énorme que se confèrent les décideurs politiques, économiques, industriels par le biais de la techno-science constitue un problème auquel les écologistes doivent répondre : c’est un des enjeux du XXIème siècle. Les choix technologiques responsables doivent reposer sur des principes intangibles : ne pas compromettre l’existence des générations futures, ne pas mettre en danger la qualité de l’existence future sur terre. C’est pourquoi les décisions doivent reposer sur l’assurance qu’il y a des retours possibles. Pour appuyer cette prescription de la responsabilité développée par Hans Jonas, celui-ci exige une connaissance préalable à l’agir avec pour méthode l’alliance de l’humilité et de la sagesse technologique.

L’essor  technique fondement du développement industriel vecteur de progrès à la fin du XIXe, début du XXe siècle aboutit à ce que la classe ouvrière bénéficie des retombées de la croissance industrielle. Grâce aux luttes sociales, au même moment, sont obtenues la scolarité obligatoire, le développement de l’hygiénisme et de la santé publique, puis les congés payés et les retraites. Au même moment, se met en place le mécanisme social qui, à terme, remplace la lutte des classes par le culte de la technique et de son pendant consumériste. Les deux paroxysmes de cet essor technologique et des profits générés conséquemment aux  deux guerres mondiales (concernant directement entre 4 à 5 générations) montrent les dangers de cette fuite en avant pour l’Humanité.

Cela se traduit maintenant, en France comme en Europe, par la crainte du déclassement des classes moyennes et des jeunes en particulier. Constat largement partagé dans un contexte de guerre économique globalisée. Les populations sont conscientes que les décisions dépassent les cadres nationaux et le manifestent en n’allant plus voter par exemple.

Il y a une adéquation à retrouver entre ce qu’est la planète finie, les ressources finies, et nos modèles de sociétés. Cela passe par l’exigence démocratique. Ainsi, il est urgent de faire entrer les citoyens dans les choix technologiques majeurs actuels et à venir, à des échelles de la planète, de l’Europe, régionale et locale.

 

Une démocratie retrouvée.

Pour retrouver cette adéquation et opérer le changement avec l’ensemble de la population, il faut revitaliser la démocratie et les processus de décisions. Les valeurs d’égalité, de justice sociale et de solidarité sont aux fondements de la démocratie retrouvée, préalable aux orientations programmatiques et stratégiques. Une des urgences démocratique est de faire entrer les citoyens dans les choix technologiques majeurs actuels et à venir.

Actuellement, la démocratie française est en danger : la séparation des pouvoirs attaquée, le pantouflage sans vergogne, la justice sans moyen, le législatif à la botte de l’exécutif… Suite aux crises de la finance internationale qui tourne complètement hors sol, les banques sont renflouées par l’argent public sans exigence de l’État d’investir en contrepartie les Conseils d’Administration… Les modes de scrutin font l’impasse sur le pluralisme politique détournant une majorité des français de l’usage du droit de vote alors qu’au même moment, sur d’autres continents, d’autres perdent leur vie à l’arracher.

Aucune politique de transformation écologique de la société, relayée à l’échelle de l’Europe ne pourra se mettre en place sans l’assainissement des institutions et des pouvoirs qui les représentent, sans mettre en place les scrutins proportionnels encourageant l’implication citoyenne.

Le printemps arabe nous presse : l’aspiration des peuples arabes à participer de plein droit aux décisions publiques nous renvoie avec encore plus de force à l’hyper-présidentialisation de la vie publique française. Au-delà, nous devons anticiper la capacité des peuples à demander des comptes à leurs vieilles dictatures et autre oligarchies rigidifiées pour éviter que les pauvres ne s’en prennent aux plus pauvres, que la laïcité soit instrumentalisée, que la course à la compétitivité et à la rentabilité en France comme ailleurs ne devienne LA référence majeure de l’humanité…

 

Un outil à consolider et à développer

«Soyons le changement que nous voulons voir apparaître» Mahatma Gandhi

Il nous faut aller à l’essentiel lors du congrès fondateur d’EELV: le parti-mouvement est un outil pertinent pour contribuer à changer le monde (valeurs, méthode, ouverture – avec la population pas contre elle). Il est certes imparfait mais son imperfection ne doit pas être l’enjeu de ce congrès au risque de rater le rendez-vous avec la population, qui nous attend. Plus vite nous l’améliorons, mieux nous serons en mesure d’être en adéquation avec nos discours et nos propositions : face aux urgences, nous devons être sous tous les fronts à l’externe.

L’outil EELV doit valoriser l’ensemble des expériences acquises et s’appuyer sur celles-ci : celles des militants (commissions, actions et luttes thématiques), celles des élus (FEVE). Nous devons nous donner les moyens d’une articulation améliorée entre l’équipe des salariés et l’équipe de direction : transmission d’expérience et de savoirs, tuilage, prospective, anticipation des besoins…

Nous portons un projet dont nous voulons la mise en œuvre et qui doit être incarné: valorisons nos candidats et nos élus. Sachons mettre en place les tuilages intelligents des mandats afin de permettre le passage de témoin favorable à l’écologie politique.

L’ouverture et le rassemblement des écologistes à l’œuvre depuis 3 ans doivent se poursuivre. La dynamique qui en découle contribue au maillage fin de l’écologie politique dans les territoires et dans les différentes composantes de la société.

Ontologiquement, le rassemblement des écologistes n’a pas de fin en soi: comme il s’agit de convaincre l’ensemble de la société qu’elle doit s’écologiser, logiquement les plus convaincus viendront renforcer l’outil (coopérative – parti/mouvement).

 

Les nouveaux Prométhée et l’insurrection pacifique:

Les textes mythologiques rapportent souvent des versions diverses de l’histoire de leurs héros. Entre le Prométhée en quête des secrets absolus du Ciel et de l’Univers avec une volonté farouche d’auto-création sans limite et le Prométhée, symbole de la création féconde, confiant dans l’humanité, il y a de quoi penser le changement possible. Nous pouvons collectivement être les Prométhée en toute humilité du XXIème siècle en rassemblant l’ensemble des forces qui portent la transformation écologique. Rassemblés et renforcés dans une dynamique de fond, nous saurons éviter la punition mythologique et surtout celle que l’humanité est en train de s’infliger à elle-même. Nous saurons porter l’espoir: rêver que c’est possible.  Ce que beaucoup souhaitent.

 

Catherine Hervieu, Clément Rossignol, 4 mai 2011

Tag(s) : #Au jour le jour

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