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SCIENCES. Un débat public national se déroulera mardi 3 novembre à Bordeaux.

Tribune libre de Clément Rossignol, chercheur au CNRS et vice-président (Verts) de la Communauté urbaine de Bordeaux, et Noël Mamère député-maire (Verts) de Bègles.

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De manière confidentielle, un débat public national s'est ouvert le 15 octobre, sur Internet et lors de réunions décentralisées dans 17 villes françaises, sur les options générales en matière de développement et de régulation des nanotechnologies. Une de ces réunions se déroulera mardi 3 novembre à Bordeaux.

Les pouvoirs publics se donneraient-ils bonne conscience pour cautionner des décisions déjà prises ? En mai dernier, le plan Nano-Innov, doté dès cette année d'un budget de 70 millions d'euros et déjà garanti pour 2010, repose sur la création de trois grands centres d'intégration technologiques. Parler de débat dans ces conditions laisse donc perplexe quant à la volonté réelle d'impliquer la population dans les choix économiques, scientifiques ou d'aménagement du territoire liés au développement des nanotechnologies. Comme pour la problématique du nucléaire, des OGM ou de la géo-ingénierie, l'illusion de la transparence démocrati- que est mise en scène pour mieux préserver l'opacité d'un modèle qui cultive le secret et la prouesse technique.

Estimé actuellement à plusieurs milliards d'euros, le marché international des nanotechnologies devrait franchir la barre des 1 500 milliards d'euros en 2015 et représenter 15 % de la production industrielle mondiale, sans compter des centaines de milliers d'emplois escomptés. La plupart des décideurs politiques et économiques y voient un facteur formidable de compétitivité et donc de profits et d'emplois.

Les nanotechnologies, sciences appliquées de l'infiniment petit, possèdent des propriétés physico-chimiques nouvelles et déjà exploitables, puisque déjà des nanoparticules sont introduites dans nombre de produits et d'objets quotidiens. Que deviennent ces nanoparticules une fois ingérées, rejetées dans l'atmosphère ou entrées dans le cycle de l'eau ? Nul ne le sait, trop peu d'études existent à ce sujet. Pourtant, tout type de nanoparticule présente une toxicité potentielle spécifique en fonction de sa taille, de sa géométrie, de sa nature et de son cycle de vie.

Ni produit chimique ni médicament, les nanoparticules passent pour le moment au travers des législations actuelles. Le développement récent et fulgurant des nanotechnologies n'est toujours pas encadré par la loi. Sous la pression des écologistes, le Parlement européen a pris récemment cons-cience de l'ampleur du vide et a adopté deux résolutions sur la présence des nanomatériaux dans les produits cosmétiques et dans les aliments. Quant à la France, dans le cadre de la loi dite Grenelle 2, elle se limite à l'instauration du présent débat public et à la connaissance des substances à l'état nanoparticulaire, ainsi qu'à leurs usages, lorsqu'elles sont mises sur le marché. Il était temps, mais cela est nettement insuffisant.

Les nanotechnologies doivent susciter un débat de société qui ne saurait se limiter à la France. Il faut se battre pour l'émergence d'une prise de conscience citoyenne mondialisée. Aussi, il est urgent d'appliquer le principe constitutionnel de précaution, en instaurant la mise en place de réglementations de mise sur le marché de nanoproduits ; d'imposer un étiquetage et un système d'information complets permettant aux consommateurs d'avoir le choix ; d'augmenter singulièrement les moyens humains et financiers de la recherche sur les risques sanitaires, environnementaux et sociaux liés à ces nouvelles techniques ; d'instituer des débats publics permanents, des informations complètes pour les diverses parties prenantes, afin d'éclairer les choix primordiaux sur les nanotechnologies à venir.
Tag(s) : #Editos - Interventions

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