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Tribune publiée sur www.aqui.fr

 

Le sujet tient à coeur au Président de la République, véritable champion de la vidéo-surveillance. Nicolas Sarkozy s'efforce depuis 2007 de tapisser notre quotidien d'un vaste réseau de caméras : 23000 caméras équipant déjà 1200 localités françaises, 6300 caméras dans 446 gares, 8100 caméras dans les trains, 17000 caméras embarquées dans les bus et les tramways et maintenant place aux lycées. La France doit « rattraper son retard », quitte à court-circuiter les prérogatives des élus locaux, arguments simplistes à l'appui : « Si vous n'avez rien à vous reprocher, vous n'avez pas à avoir peur d'être filmés » précise Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur. Et pourtant, à ce jour aucune étude indépendante n'a prouvé l'efficacité des caméras de vidéosurveillance.
Aujourd’hui, les clivages politiques gauche-droite volent en éclats sur cette thématique. Les villes de Gironde ne sont pas en reste. Le plan girondin de prévention et de lutte contre la délinquance, signé fin 2009 par le préfet et le procureur de la République prévoit ainsi de passer de 82 caméras sur le domaine public en Gironde à 400 caméras en 2012.

Par ailleurs, l’Aquitaine se positionne fortement sur le développement des caméras de vidéosurveillance du futur : les drones. Aéronef sans pilote humain à bord, le drone peut emporter une charge utile destinée, le plus souvent, à des missions de type surveillance, renseignement, au profit des forces armées ou régaliennes de l'État. Dans le cadre de ses activités du secteur Aéronautique et Défense, Bordeaux Technowest organise les 15 et 16 septembre 2010 le premier salon européen « drones ». Ces caméras de vidéosurveillance ne seront plus localisées sur un lieu donné, mais mobiles et silencieuses, dotées de capteurs ultra-perfectionnés permettant la vision nocturne, l’écoute au travers des murs, de fonction de suivi automatique de personnes ou de véhicules… La vidéosurveillance tendait moins à discipliner les comportements des individus qu’à discipliner un territoire, les drones agiront sur les deux.

Peu à peu, nous sommes conditionnés à vivre sous le regard permanent de caméras, de l’espace public à l’espace privé, de la surveillance publique à la surveillance ludique. A l'image des émissions de téléréalité, la frontière entre la réalité et le virtuel devient floue. Un projet présenté en Grande-Bretagne fin 2009, a proposé aux citoyens de visionner chez eux les images des caméras de surveillance des commerces et magasins, avec à la clé une récompense de 1000 livres versée chaque mois au citoyen qui dénoncera le plus de crimes.

Les drones constituent un dispositif de plus dans ce système, en gestation, de surveillance étendue. Dans son ouvrage « Surveiller et Punir » publié en 1975, Michel Foucault extrapolait à une société disciplinaire le système pénitentiaire panoptique, imaginé par le philosophe Jeremy Bentham à la fin du XVIIIe siècle, dans lequel le gardien surveille les détenus sans être vu. L’effet majeur du panoptique est d’induire chez l’individu un état conscient et permanent de visibilité qui assure le fonctionnement automatique du pouvoir ; faire que la surveillance soit permanente dans ses effets même si elle est discontinue dans son action ; que la perfection du pouvoir tende à rendre inutile son exercice.

La vidéosurveillance sera bientôt complétée par des techniques d’analyse de données biométriques afin d'aboutir à un système qui pourra être capable d'identifier des comportements particuliers, de donner l'alerte et d'arrêter les malfaiteurs avant même qu'ils ne commettent un crime ou un délit. Ainsi, nous pourrions passer de la notion de présomption d’innocence à celle de culpabilité.

La rédaction d’une charte éthique ne saurait constituer qu’une solution provisoire. Nous avons l’obligation de débattre collectivement pour définir nos priorités en termes de sécurité et de libertés publiques pour ne pas accroitre l’une au détriment de l’autre. Prenons garde à ce que la sécurité collective, ou le sentiment de sécurité, ne prenne pas le pas sur nos libertés et nos identités.

Clément Rossignol
vice-président Les Verts – Europe Ecologie de la Communauté Urbaine Bordeaux

*Le panoptique est un type d'architecture carcérale imaginée par le philosophe utilitariste Jeremy Bentham à la fin du XVIIIe siècle. L'objectif de la structure panoptique est de permettre à un individu, logé dans une tour centrale, d'observer tous les prisonniers, enfermés dans des cellules individuelles autour de la tour, sans que ceux-ci ne puissent savoir s'ils sont observés.

Tag(s) : #Editos - Interventions

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